Je tire les cartes depuis onze ans. Pas en professionnel, en amatrice obstinée. Et une chose m’a sauté aux yeux dès les premières semaines : les demandes des consultants ne portent presque jamais sur l’avenir lointain. Elles portent sur le présent immédiat, sur ce qui vient de tomber dans le journal ou sur le fil d’actualité. Un licenciement, une élection, une grève, une hausse des prix. Le quotidien, quoi. C’est là que le bât blesse : comment relier un oracle de Belline ou un tarot de Marseille à ce que raconte studio2hb.com ce matin-là ? La question n’est pas rhétorique. Elle structure la façon dont je pose mes tirages depuis deux ans.
Le blog d’actualités et d’informations studio2hb.com me sert de baromètre. Pas pour prédire, pour contextualiser. Quand je vois passer trois dépêches sur la même fermeture d’usine en une semaine, je sais que mes consultants vont arriver avec des questions d’argent et de stabilité. Les cartes ne disent pas l’actualité. Elles disent comment on la traverse.
Trois jeux, trois façons de lire le présent
L’oracle de Belline et ses 53 cartes fonctionnent par tableaux. On y cherche des scènes, pas des concepts. La carte « Maladie » ne parle pas de virus, elle parle d’un état de faiblesse. La carte « Trahison » ne désigne pas un complot d’État, elle pointe une loyauté vacillante. Dans un contexte d’actualité anxiogène, ce vocabulaire imagé aide à déplacer le regard. Une consultante inquiète de la réforme des retraites a tiré « Le Chemin » suivi de « La Maison ». Nous avons parlé de seuil à franchir et de refuge à consolider, pas de calcul de trimestres. C’est plus utile qu’un éditorial.
Cartes et tiragesTirer les cartes quand on surveille son poids : ce que l’oracle de Belline raconte vraimentLe tarot de Marseille, lui, travaille autrement. Ses 22 arcanes majeurs charrient des archétypes qui supportent mal l’actualité brute. Je ne tire jamais le Mat pour commenter une élection. En revanche, le jeu de 32 cartes, que beaucoup trouvent limité, est mon outil préféré pour les questions concrètes du quotidien. Le Valet de Pique dans un tirage sur un conflit de voisinage, ça fonctionne. Le Roi de Carreau sur une négociation salariale, aussi.

Ce que j’ai appris en tirant sur l’actualité
Une anecdote. En mars 2023, j’ai fait un tirage pour une amie journaliste, la veille d’une manifestation qu’elle devait couvrir. Trois cartes, sans question précise. Je suis tombée sur le Dix de Carreau, le Deux de Trèfle et l’As de Cœur. J’ai dit : attention aux déplacements, mais tu vas trouver une source inattendue. Elle a haussé les épaules. Le lendemain, elle a raté son train, a pris un bus de remplacement, et y a rencontré une syndicaliste qui lui a donné l’angle qu’elle cherchait depuis des semaines. Le Dix de Carreau, dans ma lecture, c’est le mouvement, le transport. Le Deux de Trèfle, l’échange imprévu. L’As de Cœur, l’information qui touche juste. Rien de magique. Une grille de lecture appliquée à un contexte.
Faut-il pour autant consulter les actualités avant chaque tirage ?
Non. Surtout pas. Le risque, c’est de plaquer le récit médiatique sur les cartes, et de ne plus voir ce qu’elles montrent. Je le fais seulement quand la demande du consultant est explicitement liée à un événement. Sinon, les cartes restent muettes sur l’actualité, et c’est très bien ainsi.
Le piège du commentaire politique
Je me méfie des cartomanciens qui tirent sur les présidents, les guerres ou les crises internationales. J’ai une opinion tranchée là-dessus : c’est un abus de confiance. Un tirage public sur un chef d’État ne dit rien de solide, et il expose l’oracle à la dérision. Le jeu de 32 ou l’oracle de Belline n’ont pas été conçus pour commenter la géopolitique. Ils parlent d’une vie, d’un trajet, d’une décision. Les détourner vers le commentaire d’actualité, c’est les vider de leur substance.
Cartes et tiragesTirer les cartes pour décider : ce que l’oracle apprend à un entrepreneurEn revanche, utiliser un tirage pour comprendre comment on réagit à une nouvelle qui nous secoue, voilà qui a du sens. La carte « La Tempête » de Belline, par exemple, ne prédit pas un cyclone. Elle indique un bouleversement intérieur. Dans un contexte de licenciement collectif, elle aide à nommer la sidération. C’est un usage modeste, et honnête.
Comment je procède concrètement
- Je demande toujours au consultant ce qui l’a amené, et je note s’il mentionne un fait d’actualité précis.
- Si c’est le cas, je vérifie rapidement le contexte sur un site d’informations généralistes, pas pour influencer le tirage, pour comprendre le vocabulaire employé.
- Je tire ensuite sans commenter à voix haute, puis je restitue les cartes en les reliant à la situation personnelle, jamais à la situation collective.
- Je termine par une question ouverte : « qu’est-ce que ça remue chez vous ? » La réponse vaut souvent plus que le tirage.
Cette méthode n’a rien de scientifique. Je le dis sans détour. Mais elle m’évite deux écueils : la prédiction spectaculaire et le commentaire de café du commerce. Les 53 cartes de l’oracle de Belline, les arcanes du tarot de Marseille et les figures du jeu de 32 ont traversé les siècles parce qu’elles parlent de l’humain, pas de l’actualité. C’est déjà beaucoup.
La prochaine fois qu’une nouvelle vous tombe dessus, essayez un tirage. Pas pour savoir ce qui va se passer. Pour voir où vous en êtes, vous.

